Recyclage de l’Or : l’exemple à suivre !

Cela fait maintenant plusieurs années que je milite pour faire évoluer l’image du recyclage de l’Or. En effet, le rachat d’Or est une activité à l’image assez déplorable : exploitation de la détresse des gens, pratiques douteuses, marché parallèle, opacité de la filière, etc. Nombre de mes interlocuteurs se montrent suspicieux lorsque je leur explique le métier que nous pratiquons. Depuis plus de 25 ans, nous rachetons de l’Or et l’affinons avant de le réinjecter dans les filières industrielles. Depuis longtemps, j’insiste sur le fait que nous ne faisons pas qu’acheter de l’Or, nous le recyclons également, ce qui présente le double avantage de favoriser les circuits courts (au nombre d’intermédiaires réduit) et de minimiser l’impact environnemental.

Aujourd’hui, à la lecture de deux études récentes — l’une du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sur le recyclage des métaux, l’autre du World Gold Council (le syndicat des grands groupes miniers aurifères) sur les statistiques du recyclage de l’Or en 2010 —, il est manifeste que le recyclage de l’Or peut servir de modèle dans un monde où la demande en métaux n’est plus supportable si le taux de recyclage ne s’améliore pas. L’étude du PNUE classe l’Or comme le deuxième métal le mieux recyclé. Avec un taux de recyclage proche de 80 %, l’Or montre la seule voie soutenable pour faire face à l’augmentation de la demande mondiale en métaux. En effet, toujours selon cette étude, si la population des pays émergents venait à consommer autant de métaux que celle des pays industrialisés, il faudrait entre 3 à 9 fois plus de métaux que tous ceux extraits depuis l’âge de bronze ! Depuis un siècle, alors que la croissance économique a progressé d’un facteur 18, le volume de minerais et de minéraux extraits a lui été multiplié par 27. Car, depuis 6 000 ans, l’homme ne peut pas se passer des métaux. Le développement économique est intimement lié à leur utilisation : sans aluminium, pas de moteur ni d’avion ; sans cuivre, pas d’électricité ; sans fer, plus d’automobiles ; sans plomb ou lithium, adieu les batteries et la mobilité ; sans métaux précieux, terres rares ou cuivre, plus d’électronique ! Mais l’épuisement accéléré des ressources non renouvelables – ce qui concerne les métaux – combiné à l’empreinte environnementale toujours plus importante pour exploiter les dernières réserves ne laisse pas le choix. Pour continuer à répondre aux besoins de l’humanité tout en limitant l’impact sur la planète (particulièrement le réchauffement climatique), la seule solution est l’adoption à l’échelle mondiale d’une société du recyclage. Comment faire alors ?

Avant tout, il nous faut penser aux retombées environnementales dès la conception des produits, soutenir les systèmes de gestion des déchets dans les pays en développement et inciter les ménages des pays développés à ne pas laisser leurs vieux appareils électroniques dans les tiroirs (stocks dits « hibernants »). Car les métaux peuvent être réutilisés à maintes reprises, voire à l’infini, ce qui permet de réduire le recours à l’extraction minière et d’économiser ainsi d’importantes quantités d’énergie et d’eau, tout en réduisant la dégradation de l’environnement. Le développement du recyclage dans le monde peut donc contribuer à la transition vers une économie verte fondée sur de faibles émissions de carbone (l’extraction à elle seule représente actuellement 7 % de la consommation énergétique mondiale) et à une utilisation limitée des ressources, tout en favorisant la création d’emplois verts. L’ère des minerais et métaux bon marché et facilement accessibles arrive à son terme : il faut déplacer trois fois plus de matériaux pour extraire la même quantité de minerai qu’il y a un siècle, avec la dégradation des sols, de la qualité de l’eau et la consommation d’énergie et d’eau que cela entraîne.

C’est là où le recyclage de l’Or devient exemplaire. Son prix élevé et la forte demande expliquent sa position à la pointe du recyclage. Lorsqu’on étudie de près les données statistiques, dans les domaines économique et écologique, les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Regardons d’abord l’empreinte environnementale de son extraction industrielle (qui représente environ 90 % de son exploitation minière). L’un des premiers groupes miniers aurifères publie des chiffres affolants (ce sont les seuls exploitables, car il s’agit d’un groupe n’extrayant que de l’Or, contrairement à d’autres qui publient des données regroupant différents métaux). Ainsi, en 2010, un kilogramme d’Or (équivalant à une cinquantaine de colliers en Or 18 carats) produit par ce groupe a nécessité ou généré :
l’extraction de plus de 1 000 tonnes de minerai ;
le broyage de près de 6 000 tonnes de minerai ;
la formation de 2 000 tonnes de déchet minier ;
la consommation de 2,3 millions de litres d’eau ;
le rejet dans l’atmosphère de près d’une tonne d’oxyde de souffre (responsable des pluies acides) ;
le rejet dans l’atmosphère de 27 grammes de mercure et de 22 grammes d’arsenic ;
la consommation de 238 kilogrammes de cyanure ;
le rejet de 1,3 litre de cyanure ;
l’utilisation de 48 kilogrammes de pneus ;
l’émission de 23 tonnes de Gaz à Effet de Serre !
Ces chiffres sont alarmants et le recyclage, en évitant toutes ces nuisances, est donc un acte écologique.

Mine d'Or en Australie © J. Ghossein


Passons aux données économiques. Ce même groupe, qui ne génère « que » 35 000 emplois, dégage une marge de 70 %. Concrètement, pour chaque once (environ 31 grammes) vendue, le bénéfice est supérieur à 1 000 dollars, alors que, dans le même temps, seulement 26 dollars sont payés en redevances et en taxes de production aux états qui possède la ressource non renouvelable. Pas très équitable comme pratique et surtout non durable…

Étudions maintenant la répartition et l’importance des stocks mondiaux. Là encore, les chiffres impressionnent : 167 000 tonnes de stock, dont la moitié sous forme de bijoux et plus des deux tiers aux mains des particuliers — ce qui en fait un des rares marchés non contrôlables par les états ou un quelconque oligopole (marché caractérisé par un petit nombre de vendeurs qui s’entendent et ne font pas jouer la concurrence, tels les opérateurs de téléphonie mobile en France). Ce stock, qui représente plus de 60 années de production minière, est supérieur aux réserves non encore exploitées dans le sous-sol, évaluées à 20 années de production minière. Il y a aujourd’hui plus à exploiter dans le stock hibernant que dans les réserves non encore extraites ! Il suffirait d’en recycler moins de 2 % supplémentaires annuellement pour pouvoir se passer de son extraction ! De plus, l’offre minière ne satisfait pas la demande ; le recyclage est donc impératif pour équilibrer le marché.

Enfin, pour le recyclage, l’Or est champion ! Encore une fois, les chiffres sont éloquents. Ainsi, en France, on a recyclé 30 tonnes d’Or en 2010 : 10 fois la production de la Guyane française. Alors que l’Europe ne produit pratiquement plus d’Or par extraction (17 tonnes en 2010), le recyclage du précieux métal placerait l’Italie et le Royaume-Uni dans les dix premiers producteurs miniers ! La France et l’Espagne, qui n’extraient pas d’Or sur le Vieux Continent, se situeraient au 20e rang. Jamais la France et l’Europe n’ont produit autant d’Or, et ce sans mine à ciel ouvert, mais par l’exploitation d’un nouveau filon. La nouvelle mine d’Or se trouve dans les boîtes à bijoux des Français ! Cette mine d’un nouveau genre mérite d’être exploitée, car elle peut aujourd’hui valoir un prix souvent supérieur à son prix d’achat. De plus, en recyclant cet Or, tout le monde y gagne. Le consommateur, car il détient 70 % des stocks mondiaux et peut, pour une fois, profiter de la flambée des cours des matières premières. L’économie, car en recyclant localement cet Or, des emplois sont créés — les fameux emplois verts dont parle le rapport du PNUE —, des taxes prélevées (8 % de taxes en France, contre 2 % de redevances pour les grands groupes miniers) et l’argent issu d’un stock hibernant réinjecté dans l’économie. Et l’environnement, car cette mine « anthropogénique » — créée par l’être humain — permet de réduire notre dépendance vis-à-vis de l’extraction minière industrielle qui génère une empreinte environnementale extrêmement forte sans pour autant amener la prospérité dans les pays où la ressource est prélevée.

Or recyclé Gold by Gold


Nous sommes donc bien loin de l’image d’Épinal de l’acheteur d’Or exploitant la misère du monde. Notre secteur montre aujourd’hui la voie pour instaurer une économie du recyclage dans nos sociétés qui vont devoir arrêter de prélever tant de ressources non renouvelables. Si tous les métaux étaient aussi bien recyclés que l’Or, nous pourrions envisager beaucoup plus sereinement l’avenir de notre planète, donc notre propre avenir. Augmenter le taux de recyclage contribue à une transition vers une économie plus soutenable, à de plus faibles rejets néfastes et à créer des emplois verts. Le recyclage, c’est notre mine d’Or du xxie siècle !

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